Publié le 9 janvier 2013

Les ateliers philo en maternelle

Interview de Pascaline Dogliani, professeure pendant douze ans, puis conseillère pédagogique. Elle a mené des ateliers philo dans son école maternelle ZEP pendant quatre ans. C’est dans sa classe qu’a été tourné le film de Pierre Pozzi et Pierre Barougier Ce n’est qu’un début (2010).

 


Comment avez-vous démarré les ateliers philo dans votre classe ?

Je n’y croyais pas du tout au début… Pour moi, la philosophie était juste un mauvais souvenir de Terminale. Le projet est arrivé par Jean-Charles Pettier, le professeur d’IUFM, conseiller philo de la rédaction de Pomme d’Api. Il cherchait une école acceptant de tester les outils pédagogiques que la rédaction de Pomme d’Api lui avait demandé de concevoir. Je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose à essayer.


Comment cela s’est-il passé ?

Au début j’ai vécu de grands moments de solitude ! Mais lorsque j’ai demandé aux enfants ce que pouvait bien vouloir dire « faire de la philosophie », l’un d’entre eux a répondu : « Ça rend intelligent ! ». Alors j’ai eu envie de m’accrocher, d’aller plus loin… Et finalement, la mayonnaise a pris et cette expérience a été formidable, pour eux et pour moi.


Quels sont les bénéfices que vous avez constatés ?

Les élèves les plus en difficulté sont des enfants qui investissent pleinement cette activité par le corps ou la parole. Comme il n’y a ni jugement, ni notion d’échec, ils n’ont pas peur de l’évaluation, ni du regard des autres. On fait attention à ce qu’ils disent de manière individuelle, et il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Au cours de ces ateliers, les enfants s’autorégulent, apprennent le respect de l’autre. « Vous m’écoutez quand je parle, ou attends je parle ! » disent-ils. Les progrès langagiers sont spectaculaires. Ils construisent leur langage avec les autres et pas seulement avec l’enseignant. Les structures syntaxiques se compliquent pour arriver à se faire comprendre, les mots se précisent.


Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui veut lancer des ateliers philo ?

En petite section, il vaut mieux laisser la classe s’installer et ne démarrer qu’en janvier. Il est préférable de mener ces ateliers avec la classe entière car le rôle de chacun est très vite identifié par le groupe. Les grands parleurs rassurent les petits parleurs par les ouvertures et les exemples qu’ils donnent et leur permettent de se lancer par imitation. Il est aussi indispensable d’impliquer les parents pour créer un climat de confiance et libérer la parole de l’enfant. Je conseille au collègue de s’appuyer sur des outils qui vont le sécuriser, comme les fiches pédagogiques de Pomme d’Api. Ces outils fonctionnent très bien, ils apportent des notions philosophiques que l’enseignant ne possède pas forcément et un cadre de questionnement. Osez vous lancer, vous ne le regretterez pas. Mais sachez que vous devrez apprendre à écouter et accepter les longs moments de silence… pas facile pour nous !