Publié le 9 janvier 2013

Un classique de l’enfance, qu’est-ce que c’est ?

Agnès Perrin hisse l’album J’veux pas y aller, d’Yvan Pommaux, au rang d’œuvre classique. Elle nous explique pourquoi cet ouvrage, pourtant récent, trouve sa place dans cette catégorie de livres essentiels.

 


Qu’entend-on par œuvre classique ?

C’est une dénomination utilisée dans les programmes pour l’école primaire depuis 2004. Étymologiquement, l’adjectif est dérivé du nom «classe». Historiquement, les classiques sont donc des œuvres jugées dignes d’être enseignées et étudiées dans le cadre scolaire. En fait, il s’agit d’un ensemble d’ouvrages qui constituent le socle d’une culture partagée au sein de la société.


Un livre publié en 2008 peut-il être considéré comme un classique de l’enfance ?

Mon expérience en formation des maîtres et en classe me permet de répondre oui sans hésiter. Pour de nombreuses raisons.
Tout d’abord, parce que c’est une œuvre qui emporte systématiquement l’adhésion du lecteur, quel que soit son âge (comme souvent avec les albums d’Yvan Pommaux). Les étudiants ou enseignants en formation la découvrent avec beaucoup de plaisir, la travaillent dans une lecture d’adultes experts sans tergiverser, sans lassitude. Les enfants, quant à eux, pénètrent immédiatement dans cet univers où mythe, rêve et réalité se côtoient en d’incertaines frontières. Ils demandent qu’on la leur relise, expriment leurs attentes spontanément pendant la lecture – et cela quelle que soit la classe et le niveau de maîtrise de lecture.


L’originalité de l’histoire tient-elle à sa dimension mythologique ?

Pour reprendre des expressions de Michel Tournier, c’est en effet, comme pour les mythes, une histoire fondamentale, que tout le monde connaît déjà. Chaque lecteur peut projeter ses angoisses face à l’inconnu, ses rêves, car la simplicité du récit et la richesse de la langue le guident à travers les fantasmes du jeune Pablo, qui, fort de sa culture, parvient à s’insérer avec aisance dans un monde nouveau et inconnu.

Enfin, c’est un édifice à plusieurs étages, que le lecteur va franchir au gré de ses connaissances. Yvan Pommaux l’égare dans les multiples identités de la jeune Atalante, personnage mythologique, objet de rêve ou de fantasme, centre d’une rencontre improbable et pleine de promesses. Il permet à sa subjectivité de s’exprimer, d’interpréter cette rencontre, de la prolonger à sa guise.

Pour nous en convaincre, écoutons plutôt ce que les élèves de CP de l’école Marcel Cachin, à Bobigny (93), en disent :
– J’ai compris, il est content à l’école parce qu’il a retrouvé la fille de ses rêves !
– Non, c’est la fille du rêve qu’il a trouvée, pas la fille de ses rêves. En fait, il a rêvé à la fille de l’histoire qu’il préfère, et après il a vu une fille comme dans son rêve à l’école.
– Moi aussi, la nuit je rêve aux histoires que j’ai lues. Je rêve aux loups et aux sorcières, mais aussi ils perdent dans mon rêve.
– Maîtresse, tu peux relire la phrase du tigre, elle est belle !

Interview d’Agnès Perrin, professeur de lettres à l’IUFM de Créteil.