Publié le 9 janvier 2013

Pédagogie : Expliquer les mots des grands aux petits

Comment prendre les mots des grands et les décrypter pour les petits ? Une démarche que Bertrand Fichou, rédacteur en chef de Youpi et auteur du P’tit Dico des mots des grands nous explique.

 


Comment vous est venue l’idée de ce livre ?

Nous avons créé une rubrique, dans le magazine Youpi, qui s’appelle « Le mot du mois » il y a maintenant quatre ans. Et elle remporte un franc succès ! Les mots expliqués chaque mois ne sont pas techniques, mais dans le registre de la citoyenneté et de l’humanisme : racisme, respect, démocratie…

Cette rubrique génère un courrier abondant et un intérêt très fort, même chez les plus petits de nos lecteurs. Mais douze mots par an, cela ne suffit pas à expliquer le monde… ! D’où ce dico qui en rassemble 200.


De nombreuses définitions sont expliquées par une BD…

La tendresse intergénérationnelle, la complicité adultes et enfants, cela nous tient à coeur. Dans la bande dessinée, il s’agit d’un grand-père assez moderne qui parle à ses petits-enfants : le dialogue, c’est la clé de ce que nous cherchons à faire. Ce dictionnaire doit servir de point de départ, affectueux et chaleureux, pour engager la discussion. En classe c’est un outil idéal, non seulement pour lancer des débats, mais aussi lorsqu’une question « d’actu » surgit à brûle-pourpoint.

Au cours du « Quoi de neuf » du matin, par exemple… « Mon papa, il a plus de travail », ou bien « j’ai vu des gens qui dorment dans la rue en venant à l’école »… Nous replaçons les mots « chômage » et « SDF » dans leur contexte. Expliquer, c’est dédramatiser. Il n’est pas inutile, par exemple, d’expliquer que le chômage c’est grave, que ça veut dire perdre son emploi, mais pas mourir ni être malade… Ou pour le mot « résistance », il y a des gens qui préfèrent dire non et désobéir à ce qui leur paraît injuste… même si on ne peut pas dire non à tout !


Vous vous adressez aux enfants de cycle 2, ne sont-ils pas un peu petits pour ces sujets ?

On n’est jamais trop petit pour chercher des réponses à ses propres questions et dénouer ses anxiétés ! Car les enfants ont des oreilles, ils ne vivent pas dans une bulle : ils sont confrontés tous les jours à ces mots-là, par la télévision ou les discussions entre adultes ou dans la cour de récré ! Les rassurer en décryptant, sans jamais moraliser, tel est mon but. Les enseignants sont bien placés pour le savoir… Comme disait une institutrice : « Ce n’est pas moi qui leur en parle, c’est eux qui m’en parlent ! ».

Voici donc quelques clés pour mieux interpréter le monde autour d’eux, commencer à le comprendre et surtout pouvoir poser de bonnes questions. L’effet ricochet de cette clarification, c’est que les petits peuvent prendre part aux conversations des grands, et parfois en les épatant. L’idée n’est pas de les transformer en singes savants, mais de les positionner dans une démarche de questionnements, une démarche déjà citoyenne. Les enfants ne demandent que cela.


Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Ne pas biaiser. L’esquive est parfois plus facile… J’ai abordé chaque mot avec honnêteté, en essayant d’éviter les partis pris. Ainsi j’ai traité « Gauche et droite », ou « civilisation »… À vous de juger du résultat ! ?