Publié le 15 avril 2017

La lecture de romans historiques à l’école

Nombre d’enseignants sont séduits par l’utilisation de récits ou romans historiques en lien avec les périodes étudiées en Histoire comme le préconisent les instructions officielles. Pourtant le terme de « roman historique » reste ambigu : il doit concilier le caractère fictif de son intrigue avec la vérité historique.

Jean-Michel Perronnet nous montre comment lire des romans historiques à l’école : à la condition que l’Histoire joue un rôle dans l’histoire, il peut nourrir l’ambition de faire aimer l’Histoire aux élèves tout en les aidant à se former une première conscience historique.


Entre vrai et vraisemblable

Le roman historique propose une fiction ayant le passé pour cadre, passé lointain ou proche. Il est un mélange de vérité historique et d’invention. Mais alors que l’historien recherche le vrai, l’écrivain s’appuie sur le vraisemblable. Le roman historique est avant tout une œuvre d’imagination qui brille par le souci d’exactitude. Il visite toutes les époques, en sensibilisant à des conditions de vie particulières. Un roman historique réussi doit répondre à plusieurs critères :
– il doit posséder de réelles qualités littéraires pour donner l’envie de lire ;
– il doit faciliter l’identification du lecteur et jouer avec ses émotions ;
– il doit raconter une histoire singulière, avec une intrigue ancrée dans un cadre historique fidèlement reconstitué ;
– il doit allier le plaisir de lire à celui de l’enrichissement et de la réflexion.
Les premiers romans de la collection « Images Doc » répondent de façon originale à ces critères, en mêlant au récit des pages documentaires.


Les romans « Images Doc » : une approche renouvelée du genre

Ces romans très illustrés, à la narration resserrée, racontent des histoires d’enfants placés dans un contexte historique. Le plaisir de lire vient des émotions provoquées par les aventures que vivent les jeunes héros (ce qui facilite l’identification) mais aussi de la présence de pages documentaires qui s’intercalent dans le récit. Celles-ci permettent de mieux préciser le contexte historique des faits racontés. Elles donnent accès aux connaissances et aux savoirs historiques disponibles.

Dans La véritable histoire de Paulin, le petit paysan qui rêvait d’être chevalier, elles renseignent sur les paysans (vilains et serfs), les seigneurs et vassaux et l’organisation des tournois de chevaliers au XIIIe siècle.

Avec La véritable histoire de Myriam, enfant juive pendant la Seconde Guerre mondiale, le thème du roman se fait plus grave. Cette fillette de 9 ans fera preuve d’un grand courage pour passer de la zone occupée à la zone libre. On suit son entreprise périlleuse tout en découvrant la vie sous l’Occupation en 1942 et le sort réservé aux familles juives. Cette littérature a une fonction de mémoire en invitant les jeunes lecteurs au souvenir de vies brisées et de destins individuels sensibles, tout en les incitant à se questionner sur les comportements humains.


Créer le débat entre hier et aujourd’hui

Les récits historiques posent les mêmes problèmes de compréhension que tout autre texte. Les lecteurs doivent reconnaître les personnages, leurs rôles et leurs liens, repérer les événements et leur succession dans le temps, faire des inférences pour accéder à l’implicite. Mais ils sont aussi un vecteur d’apprentissage :
– pour différencier les fonctions respectives d’un récit historique et d’un texte documentaire ;
– pour apprendre à dissocier les renseignements véridiques historiquement et ceux qui ont trait à la fiction ;
– pour percevoir les changements, les évolutions, les progrès dus au temps ;
– pour s’étonner du passé, et se livrer à des comparaisons ;
– pour découvrir le lexique riche et varié lié à une époque.

Mais le risque est grand que les élèves se focalisent sur les prouesses d’un héros et en oublient le cadre historique. Pour éviter cela, les enseignants doivent les inviter à débattre sur certains thèmes ou points forts des romans comme le rôle de l’éducation, l’exercice du pouvoir, ou les valeurs profondes présentes à toutes les époques : l’amour, l’amitié et la solidarité, le désir de mieux vivre, la dignité.


« Héros de légende » : une collection de récits biographiques

Auteur de nombreux romans historiques, Claude Merle propose une série de récits plus longs construits autour de grandes figures légendaires comme Vercingétorix ou Jeanne d’Arc. Dans une suite de courts chapitres à l’écriture fluide et souple, l’auteur entremêle à dessein fiction et réalité pour mieux nous faire revivre ces destins héroïques. S’il semble difficile de proposer la lecture suivie de ces textes à toute une classe, d’autres dispositifs sont envisageables :
– la lecture à haute voix, par l’enseignant, de différents chapitres ;
– la lecture relais, par des élèves, des temps forts du récit ;
– la mise en place d’ateliers de lecture historique, autour d’un même personnage évoqué dans différents textes.


La place particulière du mythe

Enfin, entre les héros légendaires et ceux de la mythologie, les ressemblances abondent. Avec l’ouvrage de Murielle Szac, Le feuilleton de Thésée, les enseignants disposent d’un texte aux références culturelles fortes qui invite à suivre les aventures de Thésée et de son cousin Hérakles. Nul doute que l’ensemble de ces textes apportera aux jeunes lecteurs des éléments de connaissance permettant la réflexion sur le passé, donc sur le présent et l’avenir.

Par Jean-Michel Perronnet, professeur à l’IUFM de Créteil.