Publié le 9 janvier 2013

Célia Galice et Emmanuelle Leroyer : « La poésie influence le rapport au monde des enfants »

Célia Galice et Emmanuelle Leroyer

 

Toutes deux travaillent pour le Printemps des Poètes. La première en est la secrétaire générale chargée des relations avec le milieu scolaire, la seconde est responsable du secteur livres. Elles sont aussi les auteures d’une nouvelle collection d’anthologies pour la jeunesse « Demande aux poèmes » (Bayard). Elles nous livrent ici leur vision du rapport des enfants et de la poésie.

 


En quoi consiste l’intervention du Printemps des Poètes auprès des écoles ?

Bien au-delà des seuls événements du Printemps, nous accompagnons toute l’année les enseignants qui souhaitent travailler en classe autour de la poésie et qui ont besoin de conseils, de ressources, de bibliographies, de contacts avec des poètes… Nous proposons une aide individualisée, c’est du sur-mesure.


Donnez-nous quelques exemples d’actions proposées…

« Un jour, un poème » propose au professeur de lire un poème le matin à l’accueil, et un poème le soir avant la sortie. Il y a aussi la constitution d’une boîte à poèmes, que les enfants remplissent au fil de l’année et dans laquelle ils puiseront leurs lectures poétiques. Il y a également des correspondances ou des rencontres avec les poètes contemporains. C’est essentiel de faire savoir que les poètes ne sont pas tous morts ! Nous avons une liste de plus de 300 poètes prêts à se rendre dans les écoles.


Quel est le bénéfice pour les élèves de les mettre en contact avec la poésie ?

D’une part, cela modifie leur rapport à la langue : jouer à la déconstruire, c’est faciliter son apprentissage. D’autre part, laisser les enfants se frotter très tôt à la poésie influence leur façon d’être au monde. Le poète pose un regard particulier, intense, sur ce qui l’entoure, il questionne, il va en profondeur. C’est précieux pour susciter la curiosité de l’enfant.


Que conseillez-vous à un enseignant qui a envie de travailler la poésie en classe ?

D’abord, de ne pas avoir peur ! Ensuite, de mettre de côté la problématique de la compréhension
et de se laisser porter par le désir de la rencontre avec des textes littéraires. En somme, de se placer du côté des émotions, les siennes et celles des élèves. La poésie, ça se partage. Les élèves seront touchés même s’ils ne manifestent pas de réaction. La musique des mots fait son chemin intérieur. Il faut juste créer des habitudes d’écoute, des rendez-vous réguliers avec la parole poétique.


Pratiquement on fait lire quoi ? On s’y prend comment ?

Le répertoire classique n’est pas le plus accessible, il faut oser lire des poètes vivants ! Leur mettre en bouche des poèmes, pourquoi pas, mais en évitant le cliché traumatisant de la récitation qui ne prend pas en compte le contenu du texte dans l’oralisation. S’il s’agit d’ateliers travaillant la diction, l’exercice devient passionnant : il y a des poèmes que l’on murmure, d’autres que l’on déclame…


Pourquoi avez-vous créé cette collection d’anthologies ?

Nous avions envie de nous adresser à l’intériorité de l’enfant, comme le fait Bayard à travers ses productions. Ne pas aligner une énième anthologie mais partir du questionnement des enfants… Quel que soit le poème, il restera toujours cette part d’inexplicable et d’invisible qui rejoint la demande de sens des enfants.

 

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