Publié le 22 mai 2013

J’aime lire et la recherche d’une lecture fluide

Interview de Marie-Jo Rancon, orthophoniste et licenciée en linguistique appliquée « Genèse et Fonctionnement du Langage », diplômée en gestion mentale. Elle est la conseillère des rédactions de Mes premiers J’aime lire et de J’aime lire.

En quoi consiste votre intervention auprès de la rédaction de J’aime lire ?

Je relis les textes pour qu’ils soient accessibles aux enfants de la tranche d’âge, sur le plan lexical et syntaxique, mais aussi sur le plan des enchaînements logiques. Un enfant qui est en train d’apprendre à lire est préoccupé en priorité par le déchiffrage, du coup toutes les autres stratégies essentielles constituant l’acte de lecture sont encore balbutiantes et peu mises en fonctionnement.


Quelles sont ces stratégies de lecture non encore acquises ?

Par exemple, lorsque nous lisons, nous gardons en mémoire le début de la phrase afin de ne pas la perdre une fois arrivé à la fin. Nous évoquons en images mentales le sens de ce que nous venons de déchiffrer. Nous comprenons ce qui n’est pas dit, l’implicite. Nous anticipons ce qui va suivre. Nous mettons rapidement en lien les pronoms et les noms qu’ils représentent. Nous faisons sans cesse appel à notre vécu et à notre culture. Tout cela est pratiqué par un lecteur compétent sans qu’il s’en aperçoive. Mais un lecteur débutant n’est pas encore habile dans toutes ces stratégies.


Que faites-vous pour aider le lecteur débutant ?

J’aime lire veille à offrir des textes déclencheurs d’une lecture fluide, qui ne présentent pas trop de risques d’abandon de lecture. Au moment où un enfant fait ses premières expériences de lecteur solitaire, il peut renoncer vite s’il se trouve d’abord dans le déplaisir. De plus, en pratiquant cette lecture sans obstacles, il met en place ces stratégies sans s’en apercevoir. Ce confort lui offre une réassurance sur ses capacités de lecteur. Il va dès lors pouvoir se lancer sans appréhension. Se préoccuper de la lisibilité, c’est l’un des savoir-faire de Bayard Jeunesse.


Qu’entendez-vous par lisibilité ?

La lisibilité, c’est la force d’un document à se faire comprendre ; et c’est le sentiment de bien-être que le lecteur éprouve quand il circule dans un objet à lire qui fonctionne en harmonie avec ses compétences linguistiques, culturelles et psychiques.


Est-ce que vous ne risquez pas de brider la créativité et le style de l’auteur ?

Bien sûr que non, il ne s’agit pas de recettes à appliquer ! Pour chaque texte, il s’agit d’une question de dosage… Par exemple, si le lexique est difficile, je vais proposer de jouer sur une syntaxe plus facile, mais toujours dans le respect de l’auteur. D’ailleurs, tout le monde peut constater que les textes de J’aime lire ne sont pas lissés pour autant ! Parfois, lorsque je pointe une difficulté dans le texte, la rédaction peut aussi la lever grâce à l’image. Parfois aussi, il faut prendre le risque de renoncer à la compréhension fine, pour privilégier le ressenti des émotions. La recherche de lisibilité est un travail invisible que les auteurs acceptent volontiers sans se sentir trahis. Ils savent bien que nous cherchons surtout à ce que leur création rejoigne pleinement leurs lecteurs.

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