Publié le 15 octobre 2015

Anne Quesemand et Laurent Berman : « Avec le kamishibaï, l’image reste l’héroïne de l’histoire »

Anne Quesemand et Laurent Berman

Tralalire, le magazine d’histoires pour les 3-5 ans, innove en proposant aux enseignants une offre « kamishibaï » : avec l’abonnement, un petit cadre de théâtre en bois, livré avec trois histoires1et un livret pour concevoir avec ses élèves des lectures-spectacles de kamishibaï.

 

En quoi cela consiste-t-il ? Nous sommes allés en parler avec Anne Quesemand et Laurent Berman. Auteurs, metteurs en scène et plasticiens, ils proposent depuis trente-cinq ans des spectacles pour enfants qui utilisent la technique du kamishibaï.


Quelles sont les spécificités du kamishibaï ?

Dans le principe même du théâtre kamishibaï, (« théâtre de papier » en japonais), l’image reste l’héroïne de l’histoire. Les images sont dévoilées l’une après l’autre. Donc, à la fois on cache et on montre. On cache l’image précédente et on dévoile petit à petit, ou au contraire brusquement, la nouvelle. La force naît du mélange entre l’image, le texte qui est lu, inscrit au dos de l’image, et dans notre compagnie Le théâtre à bretelles, avec un texte dialogué et joué, et de la musique vivante. C’est un montage « cut » ou par « fondu enchaîné », qui bouge. On fait du cinéma de papier en direct en fait !


Comment réagissent les enfants ?

Ils adorent, grâce notamment à l’effet de surprise. Ce jeu de cache/dévoile les met en attente, en appétit de la suite. Les plus petits montrent une vraie prédilection pour le suspense, les histoires qui font peur, mais aussi une jubilation à l’humour. Car on a tout intérêt à jouer sur le décalage entre le texte et l’image, et cette distorsion est immédiatement perçue et provoque le rire.


Vous assurez depuis longtemps des formations à la pratique du kamishibaï au CLIO2, ainsi que des ateliers pour que les enfants conçoivent leurs propres spectacles de kamishibaï. Quels sont les écueils à éviter ?

Le gros écueil c’est la redondance. Il faut que le texte apporte autre chose que l’image et que les images ne soient pas de simples illustrations du texte : chaque langage a droit à l’existence. C’est l’union de ces deux langages qui apporte la force du kamishbaï. Donc, ne négliger ni la qualité graphique ni celle de l’écriture. On ne doit pas compter uniquement sur l’effet de surprise.


Vous avez créé trois spectacles kamishibaï sans partir d’un livre…

Oui. L’histoire du rat qui voulait du lait est tirée d’un conte traditionnel sarde, raconté en quelques lignes par Gramsci dans une lettre qu’il écrivit de sa prison à ses enfants. Nous avons conçu le kamishibaï, et ensuite nous l’avons adapté en livre. C’est une démarche très différente, car la maquette doit être entièrement repensée. Le livre et le kamishibaï ne répondent pas aux mêmes logiques narratives. Mais la complémentarité des deux est très féconde !

Propos recueillis par Murielle Szac

  1. Grand-mère Sucre et Grand-père Chocolat de Josse Goffin et Gigi Bigot, Loup Gouloup et la lune de Guido Van Genechten et Roland Nadaus, et Dis papa pourquoi ? de Christian Voltz. 2. Centre de littérature Orale de Vendôme.