Publié le 19 juillet 2019

Quand le numérique vient en aide au papier

Marion Berthaut travaille dans le numérique depuis vingt ans. En 2016, elle lance la start-up Mobidys, pour mettre les outils informatiques au service des enfants souffrant de troubles dys. Son équipe a collaboré avec la rédaction de J’aime Lire pour créer la collection de livres numériques J’aime lire Dys.

Pourquoi cet intérêt pour les difficultés dys ?

Tout a commencé par une discussion avec une amie orthophoniste, qui m’expliquait comment elle préparait les textes pour ses patients confrontés à des difficultés de lecture dues à des troubles dys. Mise en page spécifique, découpage, coloriage… elle faisait tout elle-même, à la main, pour s’adapter à chaque patient. Quand je lui ai dit que l’intelligence artificielle pourrait automatiser ce travail, sans l’obliger à renoncer à l’adaptation individuelle, elle était dubitative. Nous nous sommes lancées ensemble et avons créé un prototype. En le faisant tester par des professionnels et par des enfants, nous avons pris conscience que nous avions conçu plus qu’un outil pour les orthophonistes : c’est un nouveau format de livre, qui intègre en lui les outils d’aide à la lecture, que chacun peut adapter à ses besoins.

En quoi le numérique peut-il lever les obstacles auxquels se heurte un enfant dys quand il lit ?

Selon ses besoins, l’enfant peut choisir lui-même de changer la police de caractère, de colorer les syllabes pour faciliter la segmentation des mots, de guider le parcours de son œil par une règle de lecture, d’écouter le texte, de demander des explications sur certains termes… Nous avons apporté un soin extrême au design de l’interface, pour que l’enfant puisse paramétrer par tâtonnements le mode de lecture qui lui est le plus confortable, sans avoir à se tourner vers un adulte ou à installer des applis complémentaires. Notre objectif est que les enfants soient autonomes, qu’ils prennent le pouvoir. Trop souvent, ils sont mis en échec par la lecture et y renoncent. Certains se convainquent qu’ils sont bêtes ! Or, même si la lecture leur est difficile, ça ne veut pas dire qu’ils n’aiment pas les histoires ! En faisant l’expérience que le numérique peut les aider à lire, ils reprennent confiance.

L’enfant sera confronté de toute façon à des écrits qui ne tiennent pas compte de ses difficultés…

Au départ, notre outil visait à compenser certains troubles dys, comme le font les lunettes pour un myope : elles n’améliorent pas sa vue, elles la corrigent. Mais il apparaît en fait que notre format de livre numérique améliore les capacités de lecture des enfants, y compris dans des situations classiques, sur des livres normaux. Les témoignages nous le prouvent : après s’être bien exercés grâce à la tablette, certains jeunes lecteurs la délaissent pour des livres imprimés. Logique : plus notre cerveau pratique, plus il trouve ses stratégies et ses chemins à lui. Certes, on reste dys à vie, on peut cependant devenir un grand lecteur ! Si l’enfant parvient à se passer peu à peu de la béquille que nous proposons, ce sera une réussite !

Propos recueillis par Anne Bideault


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