Publié le 8 juillet 2019

Le travail sur la lisibilité est invisible mais essentiel

Marie-Josèphe Rancon est orthophoniste et spécialiste du fonctionnement du langage chez l’enfant. Depuis plus de 20 ans, elle intervient auprès de la rédaction de J’aime lire pour s’assurer de la lisibilité des textes pour les jeunes lecteurs. La collection J’aime Lire Dys prolonge cette vigilance.

Travailler sur la lisibilité, ça consiste en quoi ?

J’aime lire a été imaginé en 1977 pour rejoindre chaque enfant là où il en est vraiment et le tirer un peu plus loin. Cela correspond au processus prôné par l’orthophonie. Il s’agit dans les deux cas de donner à l’enfant l’impression qu’il a déjà les compétences qu’il est en fait en train d’apprendre. Chaque numéro de J’aime Lire, et, a fortiori, de Mes premiers J’aime Lire est travaillé pour que même un enfant qui ne sait pas encore bien lire se sente capable de le faire. L’équipe se place du côté de l’enfant, qui doit ressentir un sentiment de bien-être et non d’effort. Rechercher la lisibilité, c’est un travail de fourmi. Lorsque je reçois un texte, mis en page, je pointe tous les endroits où il peut y avoir une rupture de lecture : une phrase, un mot, un passage à la ligne, un enchaînement… Les modifications ne doivent ni trahir l’auteur, ni rallonger le texte. Trop d’éditeurs jeunesse oublient la vraie réalité des jeunes lecteurs !

Sur format numérique, qu’en est-il du travail sur la lisibilité ?

Il y a beaucoup d’analogie entre la version papier et la version numérique. Par exemple, un soin particulier est apporté à l’entrée dans l’histoire : présentation des personnages, exposition de la situation initiale. Mais dans le format numérique, le cheminement est à penser encore plus finement : la circulation du jeune lecteur, le déroulé du texte par le scrolling, la quantité de texte visible à la fois… Il ne faut pas que ce soit morcelé, qu’on ait l’impression d’être face à un puzzle trop éparpillé. L’apport technologique ne doit jamais être gratuit. Les animations proposées doivent être utiles et efficaces, et surtout ne pas disperser l’attention ou détourner l’enfant de l’histoire. Ça aussi, c‘est du grand art !  

Et le papier, on l’oublie ?

Surtout pas ! Aujourd’hui, les deux circuits sont à disposition : le papier et le numérique. Ils sont utiles tous les deux et se complètent. C’est une richesse ! L’attrait pour le numérique en soi se fait parfois au détriment d’une vraie lecture : l’enfant peut être séduit par toutes les fonctionnalités de l’outil et sortir du projet de lecture. Les parents ont, me semble-t-il, à être les passeurs d’un bon emploi de ces techniques. Les enfants qui ont des difficultés vont être aidés par ces applications, mais peuvent aussi entrer dans des livres imprimés. Parents et libraires doivent être attentifs à la question de la lisibilité des textes. Parfois, on se laisse aveugler par un parti pris esthétique, en oubliant de vérifier la force du texte à se faire comprendre. Face à un enfant qui peine à acquérir la lecture, je répète aux parents de lui faire confiance, et d’adopter une posture d’allié et de coéquipier plutôt que d’adulte jugeant. S’ils sont trop angoissés, leur inquiétude envahit l’enfant et le ralentit. Alors que tout moment de lecture réussi est une étape gagnée vers la lecture !

Propos recueillis par Anne Bideault

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