Publié le 6 octobre 2017

Je bouquine : Rêves amers

Séquence de littérature – cycle 3 – 6e
Un roman écrit par Maryse Condé.
Fiche pédagogique réalisée par Agnès Perrin, maitre de conférences en langue et littérature françaises, Université Montpellier ESPE/FDE. Avant d’entrer dans le détail de la séquence, Agnès Perrin nous décrit les principaux intérêts de l’œuvre.

Avec Rêves amers, Maryse Condé dresse un portrait sombre mais tout à fait réaliste des conditions de vie en Haïti à l’époque où Jean-Claude Duvalier présidait le pays. Elle narre à la troisième personne le difficile parcours de Rose-Aimée, une jeune fille issue d’une famille pauvre vivant dans la région du Cap. Ses parents la placent comme domestique au service d’une bourgeoise qu’ils croient honnête mais qui se révèle violente et injuste. Au fil des évènements tragiques et des rencontres amicales comme hostiles vécues par le personnage principal, le narrateur brosse un tableau sans complaisance des inégalités, de la violence et de la corruption qu’engendrent la misère et le chaos politique. Ce parcours initiatique qui part de la séparation avec sa famille pour aboutir à l’exil et à la mort conduit les lecteur-trice-s à mieux saisir ce qui enclenche irrémédiablement un processus d’émigration clandestine. Il est donc, hélas, très en lien avec la réalité contemporaine, malgré la trentaine d’années qui sépare notre réception de l’époque narrée. Ainsi, le roman prend une valeur universelle et pourrait tout autant se situer au Moyen-Orient ou en Afrique d’où émigrent aussi de nombreux individus pour survivre.

Une œuvre chargée d’émotions

L’écriture à la troisième personne évite de réduire l’œuvre à une autobiographie fictionnelle et permet une articulation plus aisée entre une lecture participative et une lecture distancée pour les jeunes lecteur-trice-s. En effet, un narrateur externe au récit peut analyser la succession d’évènements tragiques et les contextualiser au regard de la vie haïtienne. Le point de vue adopté étant omniscient, le lecteur découvre en même temps les réactions de l’héroïne et celles des autres personnages. Par de nombreux indices il prépare le-la lecteur-trice et suggère plus qu’il ne l’écrit la violence générée par le naufrage final. Reste que l’œuvre est complexe, chargée d’émotions et devra être travaillée dans des échanges permanents pour recueillir les réceptions singulières des élèves.

Étudier cette œuvre ou non ?

Le roman Rêves amers est invariablement inscrit – malgré la complexité morale de sa thématique – dans les différentes listes d’ouvrages recommandés pour le cycle 3 (2002, 2007, 2012). De ce fait, ce roman a acquis une reconnaissance qui le hisse au rang des classiques pour la jeunesse. Mais ce n’est pas la raison principale qui nous conduit à suggérer sa lecture et son étude en classe. Si cette œuvre nous parait suffisamment riche pour être étudiée, c’est parce qu’elle permet de croiser de façon assez exemplaire la formation du lecteur à celle du citoyen. En ce sens, elle répond assez précisément aux exigences croisées du socle de connaissances, de compétences et de culture, aux programmes littéraires pour le cycle 3 et au programme d’enseignement.

L’ancrage réaliste et le déroulement de la narration permettra de travailler sur les ressources que le lecteur mobilise dans la lecture pour comprendre et interpréter un récit ; la problématique de la misère conduisant à l’émigration d’interroger les droits de l’homme, de l’enfant, l’accueil de l’autre et de revenir sur les discours de rejet des migrants (politique comme économique).

Objectifs et organisation de la lecture

En CM1/CM2 : le roman s’inscrit dans les objets d’études concernant La morale en question et le roman d’apprentissage. Il peut tout à fait assurer une transition entre les deux : car le parcours de Rose-Aimée permet de saisir à la fois son évolution et les fondements de son ancrage moral (éducatif), de comparer ses choix éthiques à ceux de son amie Lisa qui se convainc plus vite que le bonheur est ailleurs. En 6e, il entre pleinement dans l’objet d’étude Résister au plus fort. Certes l’héroïne reste faible et ne parvient pas à résister à la pression qu’imposent à la fois la misère, l’inégalité et le déni des droits. Cependant, le texte engage la réflexion sur la fraternité ou l’amitié comme acte de résistance.
La lecture de l’œuvre s’organisera dans une articulation lecture / écriture / enseignement moral et civique.

⇒ Pour obtenir la séquence pédagogique complète avec le déroulement des séances, voir ci-contre.