Publié le 21 avril 2017

Le TNI : et si on parlait pédagogie ?

Que l’on vante les mérites des tableaux numériques interactifs ou que l’on se montre sceptique, force est de constater que la manière d’aborder la question reste souvent au niveau technique, au risque de transformer en « super-gadget » ou en « clikodrome » ces outils. Et de limiter leur intérêt à une simple motivation supplémentaire pour les élèves.

Stéphane Coutellier-Morhange, enseignant formateur qui pratique une pédagogie active avec un TNI depuis 2004, évoque dans cet article les véritables apports pédagogiques d’un tel usage.

Les articles ne manquent pas pour louer les apports du TNI dans une classe. Ou, plus récemment, pour exprimer des déceptions. Mais ils se bornent souvent à en décrire les avantages technico-pratiques : meilleure visibilité de documents, multimédia, outil commode pour annoter, gérer des pages, copier-coller, enregistrer et imprimer, préparations que l’on garde d’une année sur l’autre, etc. Le TNI se réduirait ainsi à une belle machine pratique, à un gadget sophistiqué, utile surtout à l’enseignant, et dont l’apport pour l’élève serait principalement la motivation induite par le multimédia.


Tout écran n’est pas jeu

Mais la motivation est-elle un moteur suffisant ? À croire cela, on risque de se heurter à de cruelles désillusions, comparables à celles qui ont suivi l’arrivée dans les classes des diapositives, des cassettes audio ou vidéo, des émissions éducatives ou des cédéroms. Parce qu’à chaque fois, ces outils ont montré leurs limites et, après une période d’engouement, leurs usages ont périclité ou ils ont été remplacés par d’autres outils, technologiquement plus avancés.

Si le pouvoir d’attraction de tous ces dispositifs a été grand, les malentendus l’ont été aussi. Beaucoup d’élèves, souvent en difficulté, ont vu dans leur utilisation un moment de détente, une pause dans le « travail», ont cru jouer ou regarder un film quand l’enseignant pensait leur « faire cours ». Combien de maîtres et de maîtresses ont imaginé qu’il suffisait de mettre leurs élèves devant un projecteur à diapos, un film pédagogique ou un cédérom interactif pour qu’ils apprennent ?

Pour qu’un outil soit efficace, il faut que les élèves soient au clair sur le rôle et la fonction de celui-ci. Mais surtout, il faut que l’enseignant l’utilise pour mettre les élèves en activité. Pas dans une pseudo-activité, où les élèves n’auraient qu’une suite de tâches à accomplir, des cases à cocher ou des trous à remplir, ni une (inter)activité pavlovienne et presse-bouton.

Un autre malentendu consiste à utiliser le TNI comme un vidéoprojecteur. Pourtant, ces deux outils sont fondamentalement différents. Si le second donne « à voir », le premier donne « à faire ». Lorsque l’on se limite à montrer et à commenter, le vidéoprojecteur est suffisant. Mais si l’on cherche avant tout à mettre ses élèves en activité intellectuelle, à les faire rechercher, construire et manipuler, le TNI montre tout son intérêt.


Mémoire de la classe

De par sa capacité d’enregistrer tout ce que les élèves ont produit, le TNI remplit aussi une fonction de mémoire de la classe. En retrouvant à l’identique les traces, les essais, les exercices, on peut remobiliser rapidement les souvenirs, les compétences et les acquis, comme si l’on disposait d’un paperboard illimité et modifiable à volonté. Par ailleurs, en voyant, séance après séance, les textes s’enrichir, les cartes se compléter, les classements devenir plus précis, les exemples plus pertinents, les élèves élaborent et construisent leurs connaissances.

C’est sur cette démarche que repose par exemple la séquence sur la préhistoire du pack numérique Culture humaniste pour le CE2 : nous partons d’une réflexion sur ce qui différencie l’homme de l’animal, qui va permettre aux élèves de se confronter à la complexité de l’évolution, en classant et en caractérisant, au fur et à mesure de l’élaboration des connaissances.


« Créer » la leçon ensemble

En travaillant ainsi, plutôt qu’en proposant des savoirs et des règles déjà finalisés par l’enseignant, on a la garantie de partir de là où ils en sont, de faire évoluer leurs représentations grâce à une grande variété de supports et de coller à chaque instant à leurs besoins, en apportant au fur et à mesure les éléments qui vont permettre d’aller plus loin. Ainsi, la séquence sur les transports va s’appuyer sur des dessins, cartes, schémas, photos, graphiques qui seront utilisés ou modifiés par l’enseignant au moment où il les jugera les plus utiles.

Le cours sur TNI peut prendre des directions multiples. C’est en fonction des questions, des hypothèses et des besoins. Il n’est limité que par les contenus présents dans l’ordinateur de l’enseignant. On touche ici au principal manque des TNI : des ressources pauvres, souvent inadaptées aux programmes ou sous forme de manuels numériques trop fermés. Il faut à l’enseignant des années pour constituer un stock de ressources suffisant. Or, l’intérêt du TNI est bien de pouvoir adapter ses exemples à son auditoire, à ses questions, de reclasser, ajouter, dupliquer, comparer… C’est ce souci permanent qui nous a animés dans l’élaboration du pack numérique Culture humaniste.


Eleve de CE2 - Setka Films - Bayard

Favoriser l’interdisciplinarité

Le cours sur TNI permet aussi de fissurer les carcans disciplinaires et de favoriser l’interdisciplinarité et la transversalité, multipliant les occasions de réinvestissement et la fixation des connaissances. Toutes ces passerelles, tous ces liens vont aider l’élève à entrer dans un système culturel englobant plutôt que cloisonné. Les séquences sur Lascaux, ou sur les déchets par exemple, en tirent parti, alliant histoire, sciences et arts visuels pour le premier ; sciences, géographie et mathématiques pour le second. Un traitement efficace et collectif des difficultés scolaires.


Avancer par essais et tâtonnements

Enfin, dans le domaine du traitement collectif des difficultés scolaires, le TNI va se révéler particulièrement efficace. Certes, l’effet d’attractivité n’est pas à nier. Qu’importe ! Utilisons ce pouvoir d’attraction pour permettre à l’élève d’affronter ses difficultés. Une fois découvert le pouvoir de la touche « annuler », il peut faire disparaître toute trace de ce qu’il avait écrit, recommencer, et trouver la solution, aidé par le reste de la classe à force de tâtonnements, d’essais et d’erreurs.

L’effet désinhibiteur du TNI est aussi efficace si on l’utilise pour favoriser l’observation et l’émission d’hypothèses. C’est pour cela que sont proposées, dans ce pack, un grand nombre d’illustrations propres à susciter et à développer l’esprit d’analyse et d’observation. Enfin, retrouver imprimé à l’identique le schéma d’Alésia élaboré en classe, la trace écrite sur les Sumériens, ou le document de travail sur les hominidés donne davantage de repères et permet, là encore, de montrer ce qu’on a compris ou pas.


Multiplication des choix pédagogiques

En conclusion, si le TNI offre une plus-value pédagogique indiscutable, c’est parce qu’on peut le mettre au service de choix pédagogiques qui favorisent les situations de recherche, la multiplication des démarches, des entrées et des techniques, la manipulation, la vérification… Il faut le considérer et l’utiliser comme un outil au service de démarches actives et de la construction des connaissances des élèves. C’est ainsi qu’il devient un outil efficace et pertinent, particulièrement à l’école primaire.

par Stéphane Coutellier-Morhange, enseignant formateur, auteur du Pack numérique Culture humaniste de Bayard Education (novembre 2012).

Sur le même thème