Publié le 18 décembre 2016

La diversité, une chance pour l’école

par Jean-Michel Perronnet, professeur de français à l’UPEC/ESPE de Créteil

La place tenue par les récents débats sur la question migratoire et l’identité nationale  montre que la question de l’immigration demeure toujours d’actualité. Bien que cette thématique ne soit pas explicitement mentionnée dans les programmes de l’école élémentaire, elle peut néanmoins être approchée dans plusieurs disciplines au cours du cycle des approfondissements. Bayard, par ses supports de presse ou numériques, propose des outils qui mettent en avant la diversité de l’école dans toute sa richesse. Ces supports sont particulièrement adaptés au monde éducatif qui demeure réceptif aux notions de respect, de tolérance et d’ouverture au monde.

Évoquer l’histoire de l’immigration à l’école

En classe, l’histoire de l’immigration reste peu enseignée du point de vue historique. Elle occupe une faible place dans les programmes et les manuels scolaires. Ce sont très souvent des matières comme la géographie, l’éducation civique ou la littérature qui permettent aux enseignants d’évoquer les questions d’immigration.

Il semblerait que le poids important du présent pèse sur les pratiques effectives des enseignants. Ceux-ci témoignent souvent d’une appréhension face à ce thème d’Histoire, et l’abordent uniquement sous l’angle moral où le racisme, l’apprentissage de la tolérance et du respect d’autrui demeurent la pierre angulaire du travail pédagogique. Les enjeux scolaires d’aujourd’hui sont pourtant en lien avec les questions les plus vives de la société : celles qui touchent à l’identité de la France, à son passé et à son devenir.

La France, terre d’immigrations successives

La France devient au XIXe siècle un pays d’immigration. Les routes qui conduisent vers l’Hexagone sont multiples. Il est bon de rappeler que, des Italiens de la fin du XIXe siècle aux migrants d’aujourd’hui, chaque vague migratoire fut accompagnée des mêmes stéréotypes : les immigrés seraient trop nombreux, inassimilables, porteurs de maladie, délinquants potentiels, étrangers au corps de la nation. Cette xénophobie, récurrente en temps de crise, se nourrit de racisme. En réaction, à chaque époque, des Français ont su lui opposer fraternité et solidarité.

Pour mieux appréhender l’histoire et les apports de l’immigration, les enseignants peuvent s’appuyer sur les ressources pédagogiques proposées par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (1), véritable lieu d’histoire et de culture. Mais ils auront aussi recours, en classe, aux différents supports proposés par Bayard.

Questionner l’Histoire à l’aide d’outils pédagogiques

Parmi les ressources pédagogiques pour TNI conçues par Stéphane Coutellier (PEMF) pour Bayard Éducation, la séquence consacrée aux Gaulois dans le pack numérique « Culture humaniste » se révèle exemplaire pour bien visualiser que le peuplement de la Gaule résulte de cohabitations, de conquêtes, de métissages et d’influences culturelles entre des Celtes migrants et d’autres peuples présents dans cette aire géographique. Les Gaulois étaient donc loin de former un peuple homogène, et la plupart étaient déjà des immigrants ! Cette approche dynamique peut venir ébranler certaines représentations ou idées reçues des élèves concernant l’origine des Gaulois. (voir une vidéo de la séquence en classe ici)

La diversité à l’école, une chance pour chacun

Astrapi, dans son numéro du 15 janvier, se fait l’écho du webdocumentaire « Photo de classe »  dont Bayard est partenaire. Ce document transmédia est consacré à la diversité à l’école (à regarder ici). L’article d’Astrapi, écrit par Lucie Tourette, « Copains de classe, copains du monde » relate comment, pendant une année, des élèves de CE2 d’une école du XVIIIe arrondissement de Paris sont partis à la recherche de l’histoire de leurs parents, dont beaucoup ne sont pas nés en France, afin de la faire partager à leurs camarades.

L’enseignante souhaitait créer un vécu collectif de classe grâce à l’histoire de chacun. En valorisant la famille à l’école, elle valorisait aussi l’école auprès des parents. Ce projet s’appuie sur une vraie rencontre entre l’école, les enfants et leurs parents. Elle montre que la diversité est une chance pour chacun : pour l’école, pour les enseignants et pour les élèves. Réunis en ateliers (langue française, philo, dessin), une fois par semaine, les enfants ont participé au projet avec beaucoup d’enthousiasme. « Photo de classe » a libéré la parole et a permis à ces élèves de CE2 de découvrir leurs origines et celles de leurs camarades de classe. Ils ont ainsi pris conscience de leur identité multiple qui peut être un atout, contrairement à ce que certains laissent entendre. Cette expérience pourrait déboucher sur un outil pédagogique destiné aux enseignants qui souhaiteraient, eux aussi, aborder la question de la diversité avec leurs élèves.

Une immigration faite de destins individuels

Ce webdocumentaire et ce dossier d’Astrapi sur la diversité de l’école ont le mérite de rappeler que l’immigration n’est pas faite que de dates, de statistiques et de quotas, mais qu’elle est, avant tout, faite de destins individuels. Darius, Léo, Manassé ou Anastacia racontent pourquoi leurs parents ont quitté leurs pays – Iran, Équateur, Angola ou Moldavie – pour venir habiter en France.

À écouter leurs camarades, les élèves comprennent mieux les raisons qui poussent des familles entières à quitter leurs pays pour émigrer en France. Ils découvrent les traces parfois douloureuses que cette histoire laisse en elles, et comprennent qu’au-delà de ce qui les sépare, tous les émigrants ont traversé des épreuves similaires. Ils réalisent que leurs camarades parlent parfois aussi une autre langue.

Enfin, ils perçoivent l’importance primordiale de l’école en tant que lieu d’intégration et de socialisation qui, peu à peu, enracine les plus jeunes dans le pays d’accueil.

Vivre ensemble pour mieux combattre le racisme

Toutes ces recherches sur la famille ont également donné lieu à des débats, en classe, sur le racisme et l’amitié. « Photo de classe » nous fait partager l’expérience à hauteur d’enfants. À 8 ans, âge encore sans préjugés, comment définir le racisme et quel regard porter sur celui-ci ? Le livre Pourquoi y a-t-il des gens racistes (2)  apporte des réponses claires à cette interrogation. Stéphane Hessel, venu vivre en France avec sa famille à l’âge de 7 ans et qui toute sa vie a combattu le racisme et l’intolérance, répond avec délicatesse aux questions que se posent des enfants de CM1 et de CM2 : « Pourquoi on est tous si différents ? Ça sert à quoi d’être raciste ? Pourquoi tous les hommes n’ont pas la même couleur de peau ? Comment est né le racisme ? Si l’on se moque des homosexuels, est-ce qu’on est raciste ? ».

Chemin faisant, il définit avec justesse des notions telles que la différence, les discriminations, l’apartheid en évoquant la figure de Nelson Mandela, l’esclavage, les colonies, l’antisémitisme et les génocides. Enfin, il rappelle que les hommes et les femmes appartiennent à une seule et même espèce – l’espèce humaine – et que le racisme n’est pas une opinion, mais un délit sanctionné par la loi.

  1. Cité nationale de l’histoire de l’immigration, 293 avenue Daumesnil 75 012 Paris Tél. : 01 53 59 58 60 – www.histoire-immigration.fr
  2. Pourquoi y a-t-il des gens racistes ? de S. Hessel et S. Bordet-Petillon, E. Durand, Bayard Jeunesse, 2012.
  • La Journée internationale contre le racisme aura lieu le 21 mars. À cette occasion, une semaine d’éducation contre le racisme est organisée.
  • Instruction civique : un webdocumentaire sur la diversité