Publié le 8 décembre 2016

Charlotte Thomas : « L’anglais est un outil de communication qui doit être utilisé le plus souvent possible dans la classe »

Impressionnant d’enseigner l’anglais en école primaire… Charlotte Thomas, professeur formatrice à l’ESPE de Paris, le constate tous les jours sur le terrain.

Pour vaincre cette peur, rien de plus simple : considérer l’anglais comme un outil de communication et non plus comme un objet d’étude en tant que tel. À la lumière de la nouvelle méthode numérique I Love English School dont elle est conseillère éditoriale, elle répond aux questions de Bayard Éducation pour donner quelques pistes de réflexions et de travail.


Vous travaillez en premier cycle en accompagnement des enseignants. Quelles sont leurs principales difficultés ?

Charlotte Thomas : Les enseignants du premier degré ne sont pas spécialistes de l’anglais et n’ont, pour la plupart, reçu qu’une courte formation. Malgré cela, au cours de mes observations et de mes formations, j’ai toujours pu apprécier la bonne volonté et l’envie de bien faire des professeurs des écoles. Ils ont parfois peur de se lancer et sont en demande d’outils simples pour les aider. Beaucoup m’avouent ne pas consacrer suffisamment de temps à l’enseignement des langues. Pour cela, je préconise d’utiliser la langue dans les activités ritualisées (accueil, date, déplacements, jeux, rangement…), mais également en transdisciplinarité (calcul, sport, lecture d’albums…).


Comment faut-il aborder cette discipline ? Quel déroulé pédagogique préconisez-vous ?

C. T. : Les professeurs des écoles sont polyvalents. Cette polyvalence est un atout, car elle offre la possibilité de créer des ponts entre les matières, de donner du sens aux apprentissages. Aujourd’hui, nous enseignons les langues vivantes selon l’approche actionnelle. Autrement dit, la langue vivante n’est plus envisagée comme un objet d’étude, mais comme un outil de communication. L’approche est donc très pragmatique. Je préconise tout d’abord de démarrer le plus tôt possible (cycle 1), avec des activités de réception. Les élèves, confrontés à une langue qu’il ne connaissent pas, mettent à contribution leur capacité à utiliser les éléments extra-linguistiques (gestes, intonations, éléments visuels) pour reconstruire le sens du message.

Ainsi, ils acceptent la frustration de ne pas « tout comprendre ». Puis, ils sont progressivement amenés à répéter et reproduire, puis échanger. Le scénario pédagogique type devra être très pragmatique : ce que l’enfant va apprendre devra servir à accomplir une tâche en fin de séquence. Le scénario comprendra tout d’abord une phase de découverte (réception), accompagnée de répétitions (mémorisation du lexique ou de la structure langagière), puis une phase d’appropriation avec des jeux.

Le jeu est essentiel, car il permet d’associer le « dire » au « faire » et de fixer les nouveautés. Les chansons et comptines tiennent également une place très importante dans l’enseignement des langues vivantes, et en particulier de l’anglais. Le rythme d’une chanson permet de mettre en valeur la musicalité de l’anglais et aide les élèves à moduler leur voix.

Il me semble aussi nécessaire d’utiliser l’anglais comme outil de communication le plus souvent possible, pas uniquement en séance d’anglais. Par exemple, il est très bénéfique pour les élèves de faire des séances d’EPS en anglais, la mémoire kinesthésique étant mise à contribution.

Enfin, il me paraît fondamental d’effectuer un court bilan, en français, afin de demander aux élèves ce qu’ils ont retenu de la séance. Il va permettre aux élèves et à l’enseignant de s’assurer de la bonne compréhension de ce qui a été vu. Mais c’est aussi une première étape vers la conceptualisation de la langue. Les élèves pourront progressivement exprimer leurs remarques sur le fonctionnement de la langue en la comparant à leur langue maternelle (par exemple, l’ordre des adjectifs, les pronoms…).


Les enseignants appréhendent souvent de devoir enseigner l’anglais, comment les mettre en confiance ?

C. T. : Enseigner un concept requiert de la maîtrise. Mais qu’est-ce que la maîtrise d’une langue ? Ce n’est pas seulement en maîtriser la grammaire. C’est aussi en maîtriser la phonologie, le lexique et les codes socioculturels. Beaucoup d’enseignants n’ont pas ce niveau de maîtrise et sont angoissés à l’idée de devoir enseigner cette matière. Lorsque j’enseigne la didactique de l’anglais à l’ESPE, je commence toujours par une mini-séance en langue tagalog, que je ne maîtrise pas du tout.

Mes étudiants se mettent alors dans la peau de néo-apprenants et moi, je me mets à la place d’un enseignant qui ne maîtrise pas la langue qu’il doit enseigner. Eh bien, pendant ces trente minutes, je ne parle pas un mot de français et les étudiants comprennent tout ! Cela est possible, entre autres, grâce à l’extra-linguistique (les gestes, les mimiques, les visuels, les marottes…), ainsi qu’aux consignes KISS (Keep It Short and Simple) – écoutez, répétez, levez-vous, asseyez-vous, bravo, oui, non…

Parallèlement, la théâtralisation est absolument essentielle. Il faut se mettre en scène, surtout pour donner des consignes de jeu. En effet, il est très difficile de donner des consignes en langue étrangère, car elles sont parfois trop complexes à énoncer pour l’enseignant, mais elles peuvent aussi s’avérer trop difficiles à comprendre par les élèves. Il convient donc de se montrer en exemple seul ou avec un élève. En conclusion je dirais que la non maîtrise de l’anglais n’est pas nécessairement un obstacle. Une séance de langue doit être un moment de plaisir partagé. Il est important que les enseignants se lancent et se fassent plaisir.


Quels sont les écueils à éviter ?

C. T. : Le premier écueil est de vouloir enseigner l’anglais comme une matière et non comme un outil de communication. Je vois trop souvent des séances de langues tourner autour d’un fait grammatical. L’objectif est de pouvoir communiquer en anglais. Ce que les élèves apprennent doit faire sens. Ils doivent en avoir besoin pour réaliser une tâche, un projet individuel ou collectif. De la même façon, je vois la phonologie trop souvent laissée de côté. Les enseignants ont tendance à vouloir simplifier le schéma intonatif anglais. Le manque d’authenticité s’installe, ce qui n’aide pas l’élève le jour où il se retrouve en situation de communication authentique.

Autre écueil, et non des moindres, celui de vouloir à tout prix introduire l’écrit très tôt. Le lien graphie-phonie en anglais est très complexe. Lorsqu’un francophone lit un mot anglais écrit, il le prononce à la française et il est difficile de revenir en arrière. Parallèlement, il peut être perturbant pour certains enfants de ne pas reconnaître les mots qu’ils ont entendus. La même lettre « e » peut se prononcer ou , par exemple. De plus, certaines syllabes peuvent être réduites, mais sont néanmoins écrites. Imaginons l’effet sur un élève en difficulté, dyslexique ou dysorthographique… C’est pourquoi je préconise d’introduire l’écrit le plus tard possible.


Vous êtes conseillère sur la méthode I love English School numérique de Bayard Éducation. Quels sont ses points forts et ses innovations ?

C. T. : La méthode I Love English School numérique met à disposition de l’enseignant une série d’outils faciles à utiliser, ainsi que des audio didactiques avec un accent authentique. La structure des séances est simple et la progression est claire. Le support est à la fois visuel (vidéoprojeté) et audio (nombreux dialogues).

Cette méthode est innovante dans la mesure où elle offre aux enseignants des séquences toutes prêtes, dans une programmation logique et progressive. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’avoir un niveau de maîtrise très élevé pour l’utiliser. Parallèlement, les séances proposées ne se contentent pas de faire travailler des faits de langue, mais associent systématiquement des notions socioculturelles à chaque séquence, permettant aux élèves de découvrir les pays anglophones.


Un seul conseil à donner pour un débutant ?

V. M. : Avoir du plaisir ! Avoir du plaisir à enseigner est la clé de la transmission. Et pour cela, il faut savoir prendre du recul sur sa pratique et dédramatiser. Il faut tirer des leçons de chaque activité et être à l’écoute de ses élèves. Leurs réactions, leurs erreurs, leurs réussites sont autant d’indices pour aider le professeur à peaufiner sa pratique. English is fun !

Propos recueillis par Murielle Szac

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