Publié le 12 octobre 2017

Le concours « Écris un poème » avec Mes premiers J’aime lire : un projet d’écriture pour le cycle 2

Le magazine Mes premiers J’aime lire lance un concours de poésie. Le sujet : « inventer un poème sur le bonheur ». Ce concours ouvert du 20 octobre au 22 décembre 2017 peut intéresser des professeurs des écoles ayant en responsabilité des classes de cycle 2. Antony Soron, professeur de lettres à l’ESPE Paris, vous invite à vous en saisir et vous propose un cadre d’accompagnement à la réalisation du poème, sous forme d’une courte unité d’apprentissage d’une durée d’une semaine.

Objet de la fiche : Mes premiers J’aime lire propose à ses jeunes lecteurs abonnés ou occasionnels de participer à un concours de poésie consistant à “inventer un poème sur le bonheur”.

Date de remise du poème manuscrit : le concours est ouvert du 20 octobre au 22 décembre 2017.

Âge des élèves possiblement concernés par le concours : le concours s’adresse à des lecteurs âgés de 8 ans au plus à la date de clôture du concours. En conséquence, il est exploitable par des professeurs des écoles ayant en responsabilité des classes de cycle 2.

Fonction de la fiche : l’idée est ici de proposer un cadre d’accompagnement à la réalisation du poème correspondant à une courte unité d’apprentissage d’une durée d’une semaine : soit 3 heures de travail en classe à répartir de façon spécifique en fonction de l’emploi du temps des classes concernées.

Pertinence du concours par rapport aux tenants et aboutissants de l’activité d’écriture au cycle 2 telle que définie dans les programmes

• L’apprentissage de la compréhension de l’écrit se construit simultanément au travers des activités de lecture et d’écriture, dans un esprit de cohérence et de complémentarité.
• Les allers et retours entre compréhension et production orales d’une part, compréhension et production écrites d’autre part, facilitent progressivement l’accès à l’écrit structuré, pour traduire sa pensée tout en respectant les contraintes liées à la forme.
• Parallèlement au perfectionnement du geste graphique et à l’apprentissage de la copie, les élèves sont confrontés à la production d’écrits de formes et de genres divers, en appui sur les textes lus, étudiés. Ils s’approprient ainsi des stéréotypes à respecter ou détourner, dans un souci de communication.
La pratique de la relecture pour améliorer son texte s’articule avec les activités de lecture et les activités dédiées au sein de la classe, conduites avec bienveillance par le professeur qui encourage la collaboration entre pairs.

Pertinence du thème retenu : le bonheur

• Enjeu littéraire : le thème du “bonheur” est fécond en poésie. L’activité d’écriture engagée sera donc facile à apparenter à des lectures de poèmes courts et variés.
Enjeu de construction personnelle de l’élève : le “bonheur” relève d’une question philosophique. Réfléchir à sa “définition” pour soi et pour les autres peut permettre de mettre en perspective certaines finalités de l’existence. À ce petit jeu du “débat philosophique”, les jeunes élèves ont souvent des formulations très perspicaces (à consulter à titre exemplaire : http://www.cenestquundebut.com/le-film).
Enjeu d’étude la langue : le mot “bonheur” justifiera d’être travaillé en vocabulaire afin d’en dégager un sens spécifique. Il pourra s’agir d’activités menées en parallèle au travail spécifique de création poétique : on aura alors tout lieu de réfléchir à la construction du mot, à son antonymie avec le mot malheur et à la nuance qu’il apporte par rapport à des mots ou expressions comme “le plaisir” ou “être heureux”.
Enjeu d’interaction oral/écrit : “le bonheur” est un thème qui fait parler. Chacun en a au moins une “petite” idée qui d’ailleurs renvoie à une situation très concrète. Il sera par conséquent assez naturel de “faire parler” les élèves du bonheur avant qu’ils en tirent “la substantifique moelle” dans leur poème.

Mise en œuvre du projet d’écriture

L’idée est d’organiser une “semaine du bonheur” au terme de laquelle chaque élève de la classe devra aboutir au court poème attendu dans le cadre du concours.
• Pour les élèves encore non scripteurs, le professeur des écoles devra recourir à la dictée à l’adulte.
• Le cadre pédagogique proposé peut induire un projet plus vaste. Il importe par conséquent d’en avoir une relecture relative à sa propre programmation annuelle. En effet, il contient en germe des possibilités de développement tant sur le plan de la lecture de poème que celui de la production orale (débat philosophique). Cependant, il peut aussi n’être considéré que dans sa perspective la plus stricte : c’est à dire mettre les élèves en situation de préparer un concours d’écriture, sachant que certains d’entre eux n’y auraient pas pensé sans l’initiative de l’enseignant.

1ère étape

En fonction de la classe en responsabilité, on peut imaginer deux déroulements possibles sur une journée :
– soit on place la phase 1 le matin et la phase 2 l’après-midi ;
– soit on enchaîne les deux phases sur une même demi-journée.  

Phase 1 : dominante “oral” – lecture/compréhension – travail collectif

Projeter au tableau l’annonce téléchargeable du concours “Écris un poème”. Il s’agit d’emblée d’une activité de lecture et de décodage des informations données. Il est essentiel de ne pas passer trop vite sur cette étape préalable afin que chaque élève comprenne les enjeux et les contraintes du concours. Les programmes de cycle 2 invitent d’ailleurs à intégrer, dans les corpus de textes retenus en classe, des énoncés impliquant des documents (image + texte) à valeur informative. La lecture du document projeté par l’enseignant gagnera à être étayée à partir du questionnement suivant :
. quoi ? Un concours de poésie;
. pour quoi faire ? Écrire un poème de quatre lignes sur le thème du bonheur
(informations centrales écrites en gros caractère);
. pour gagner quoi ? (informations visuelles);
. pour qui ? Des lecteurs de moins de 8 ans;
. jusqu’à quand ? Le vendredi 22 décembre 2017
(informations données en petits caractères au bas de la page d’annonce du concours).

Phase 2 : dominante “oral” – lecture/compréhension – travail collectif

1. Projeter au tableau la deuxième page d’annonce du concours : “Comment participer ?”.
2. Relire à haute voix le paragraphe “Qu’est-ce qui te rend heureux ?”.
⇒ Le texte se veut très concret en donnant des embryons de réponses possibles comme “rire avec les copines” ou “faire un beau dessin”.
3. Les enfants sont invités à fermer les yeux et faire silence afin d’essayer de se représenter dans leur tête “le bonheur” ou si l’on préfère leur bonheur “à eux”.
4. Les élèves énoncent les uns après les autres, en fonction de leur inspiration du moment, leur idée et/ou leur image du bonheur.
⇒ Il peut s’agir d’une situation concrète ou d’un état particulier. Par ailleurs, le bonheur peut correspondre à quelque chose de déjà vécu ou à l’inverse, à quelque chose que l’on espère.
⇒ On invitera les élèves à reformuler leur première idée du bonheur notamment quand elle apparaît trop abstraite (exemple : “le bonheur c’est être heureux”). D’une façon plus globale, il faut conduire les élèves à aller vers le concret. À titre d’exemple, dire “le bonheur c’est d’avoir un cadeau à Noël” reste très vague et peu imagé. À l’inverse, dire “le bonheur c’est de toucher le papier doré de mon cadeau” est davantage suggestif ou évocateur et, de fait, peut appeler “naturellement” des images ou des métaphores.

2ème étape – dominante “lecture”

Phase 1 : écoute d’un poème, “Le cancre” de Jacques Prévert – oral – travail collectif

1. Procéder d’abord à un temps de “pré-lecture” du poème de Prévert : dire aux élèves, en préambule de la lecture, que ce poème s’intéresse à un petit garçon qui ne rêve que du moment où il va sortir de l’école.
2. Lire à haute voix le texte de Prévert.
3. Demander aux élèves s’ils ont entendu le mot “bonheur”. Si oui, à quel endroit du poème ?
4. Leur faire reformuler l’idée principale du poème : un enfant mal à l’aise dans sa situation d’élève qui se met à rêver à autre chose pour s’échapper du réel.

Phase 2 : dessin – travail individuel

1. Demander aux élèves d’imaginer quel pourrait être pour le petit garçon “le visage du bonheur”.
Étant donné la forte probabilité de questionnement sur cette expression métaphorique, la simplifier en demandant aux élèves de dessiner l’enfant dans une situation de bonheur.
Matériel : feuille, crayon à papier, crayons de couleurs.
2. Demander aux enfants, tout en montrant leur dessin, d’expliquer ce qu’ils ont cherché à représenter.

3ème étape – dominante “écriture”

Phase 1 : formalisation des contraintes d’écriture du poème

1. Afficher au tableau le formulaire téléchargeable où devra être recopié le poème. Faire constater aux élèves que le document ne comporte “que” quatre lignes. Le poème attendu relève donc d’une forme courte.
2. Demander aux élèves s’ils se souviennent du sens du mot “rime”. Les inciter à donner des exemples. Faire un test avec le mot “bonheur” : fleur/ bonheur, lueur/ bonheur, etc.
3. Leur indiquer qu’ils ont le choix de faire rimer leurs phrases ou pas. Beaucoup de questions sont susceptibles de venir à ce moment. D’où l’intérêt de travailler avec un agrandissement au tableau du formulaire que l’on pourra compléter partiellement, effacer… bref, qui sera le lieu d’essais.
Le questionnement tiendra en particulier à la rime. Certains élèves ayant probablement envie de construire leur poème sur une seule rime : -eur par exemple. Il faut alors pouvoir leur montrer que le poème devant faire quatre lignes, s’ils souhaitent le faire rimer, ils peuvent aussi choisir deux rimes comme dans l’exemple suivant modestement de notre cru :

La contrainte imposée par le concours est d’écrire quatre lignes et non quatre phrases. Certains poèmes (à l’exemple de celui de la colonne de droite) pourront donc comporter une seule phrase.

Phase 2 : essais d’écriture

Vous avez 2 possibilités pédagogiques :

Possibilité n°1 : distribuer aux élèves une première feuille A4 (voire de format A3) et leur donner deux conseils de Raymond Queneau sous la forme de deux poèmes, ci-dessous (en particulier les passages en gras) :

Dans ce premier cas, les élèves écrivent “en vrac” les mots, les expressions voire les phrases du bonheur. L’idée est de les conduire à une vraie liberté d’expression.
Pour les élèves bloqués par l’expression écrite préalable, il y a lieu de recourir à l’oralisation : l’utilisation d’un enregistreur est conseillée et si elle n’est pas possible, il faudra recourir à la dictée à l’adulte.
Il est évident que la formulation la plus simple est d’ordre anaphorique : “le bonheur c’est…/ le bonheur c’est…” Il peut donc s’agir d’un point de départ à donner à certains élèves quand ils bloquent.

Possibilité n°2 : distribuer un modèle photocopié du formulaire type.
Dans ce second cas, l’écriture est menée “sous la contrainte” avec d’emblée une prise en compte du format final attendu.
En réalité Il n’y a pas  de solution absolue : tout va dépendre de l’inspiration des élèves et de leur manière de s’engager dans l’activité.

Il va de soi que certains élèves auront fini avant les autres, notamment ceux qui vont très vite trouver l’inspiration.
Pour eux, trois étapes complémentaires :
1. Finaliser le travail, avec recopie du texte après validation de l’enseignant.
2. Compléter la deuxième partie du formulaire à fonction informative sur le candidat.
3. Aider leurs camarades à corriger les erreurs présentes sur leur brouillon.

4ème étape – dominante “lecture à haute voix”

1. Chaque élève lit son poème (possibilité de l’apprendre par cœur et de le réciter).
2. Relire à haute voix les trois poèmes proposés au cours de la semaine.
3. Vous pouvez aussi proposer un jeu :
• écrire sur un bout de papier (de façon lisible) un énoncé structuré comme suit : verbe à l’infinitif + groupe nominal (ex : faire la vaisselle);
• mettre son bout de papier dans une boîte;
• reprendre un bout de papier au hasard sans le regarder;
• chaque élève, successivement, va utiliser le bout de papier qu’il a pioché pour dire la phrase suivante : “le bonheur c’est… [par exemple] faire la vaisselle”.
L’objectif est d’aboutir à un énoncé collectif humoristique avec une contrainte d’énonciation : pour que ça marche, les élèves doivent bien lire le bout de papier.

Illustrations : Pascal Lemaître.

 

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